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ce blog est créé pour permettre aux internautes de découvrir mon autobiographie, mes recueils et mes romans édités

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Le survivant littéraire

Dominique Mausservey, le survivant littéraire par Frédéric Vignale

Impression




L'autobiographie de Dominique Mausservey mérite qu'on s'intéresse à elle. Le destin de Domi est, au départ, celui de quelqu'un comme tout le monde, d'un français qui a commencé sa vie de la manière la plus normale qui soit. Celle d'un amoureux des livres étant devenu par logique familiale agriculteur en Franche Comté mais qui a toujours écrit et publié, la littérature vécue comme une passion dévorante. Et puis un jour de Décembre 1990, son destin a basculé, un accident de travail l'a rendu hémiplégique. "Ca n'arrive pas qu'aux autres" est le témoignage de ce drame et le récit d'une reconstruction douloureuse. On ne passe pas du monde des valides au monde des handicapés sans être confronté à la douleur, l'incompréhension, la déprime et tout un champ lexical de sentiments bons et mauvais
Personne n'est à l'abri d'une maladie ou d'un accident, le parcours de Dominique Mausservey est donc par définition universel.
Ce qu'il a de plus que les autres récits de ce genre c'est que Domi est un être hors norme qui sait écrire les choses, les êtres et les évènements avec une grande pudeur, du discernement, de la sincérité et beaucoup de courage.
"Ca n'arrive pas qu'aux autres" est à la fois une autobiographie, un journal intime, un livre de témoignages et le roman réel d'une vie pas comme les autres.
Après son accident, Domi tombe dans le coma pendant cinq semaine suite à un traumatisme crânien qui selon toute logique aurait dû lui coûter la vie.
Oui mais voilà, malgré les dépressions, les doutes et les incompréhensions, Domi se bat soutenu par ses proches.
Ce livre vient de recevoir un Prix Littéraire et cette récompense est juste, elle salue l'½uvre introspective d'un véritable écrivain, pas d'un handicapé qui se plaint ou que sais-je encore de péjoratif.
Un beau travail d'éditeur à défendre.
A lire absolument.
Dominique Mausservey, Ca n'arrive pas qu'aux autres, Autobiographie
Les Editions du Sekoya, 18 euros.





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#Posté le vendredi 27 mars 2009 07:37

Le parcours littéraire de Dominique Mausservey

Le parcours littéraire de Dominique MausserveyAfin de mieux comprendre ma philosophie littéraire, découvrez les étapes de mon existence. Elles m'ont donné l'envie d'écrire et sont devenues très importantes dans le déroulement de ma vie.

Mon parcours littéraire

Né le 23 décembre 1957 dans le petit village de Chazoy, j'augmente de façon substantielle le nombre d'habitants qui s'élevait alors à une trentaine de personnes. Dans cette commune sans école ni église, je vis au contact des animaux présents dans la ferme familiale. Scolarisé à Burgille, village voisin qui s'associera au nôtre un peu plus tard, j'apprends les rudiments du français que j'apprécie à l'inverse des mathématiques.

Cinq années plus tard, je quitte la vallée de l'Ognon pour le Haut-Doubs où j'étudie au collège Saint Joseph à Levier. Adolescent, je lis beaucoup, notamment les romans de Bernard Clavel. Après avoir obtenu mon BEPC, je change de région pour suivre des études agricoles à Saint Maure dans le département de l'Aube. Là-bas, entre des cours de zootechnie et de phytotechnie, je m'évade grâce à la lecture de nombreux romans.



Mes études terminées, je me lance avec passion dans un métier qui m'est cher, celui d'agriculteur. Avant de réaliser complètement ce rêve d'enfant, j'effectue mon service militaire. Incorporé à Besançon, je fais mes classes, intègre le peloton d'élèves gradés et enfin dirige les jeunes appelés dans une compagnie d'instruction. Pour la première fois, j'essaie de transcrire, sur le papier, ma vie sous les drapeaux. Certain de remplir un cahier grand format, je débute mon récit mais avant de terminer la première page, j'avais l'impression d'avoir déjà tout dit. Face à la deuxième page qui restera à tout jamais désespérément blanche, je conviens qu'il me sera impossible de créer une biographie et encore moins un roman.



J'efface cet échec en me lançant à corps perdu dans l'élevage, les cultures et la gestion de mon exploitation. J'élève 180 bovins et cultive 81 hectares avec mes parents qui sont devenus mes associés. Les mercredis, samedis et dimanches soirs sont réservés à mes copains et aux sorties. Nous nous rendons dans les bars et sur les bals. A 22 ans, devenu un peu plus sérieux, je rencontre une jolie fille, Isabelle. Trois années plus tard, nous débutons une vie commune et six ans après notre première rencontre, nous nous marions.

Papa de deux fillettes, je travaille de plus en plus et trouve le temps de lire uniquement la nuit. Parfois, je m'endors à quatre heures du matin. La fatigue est-elle la cause de mon accident du travail ? Non ! Le 15 décembre 1990, comme chaque jour, pour gagner du temps, je prends des risques. Mon destin est lié à cette chute...

Arrivé dans un coma profond à l'hôpital de Besançon, un scanner décèle un traumatisme crânien et une hémorragie cérébrale. Un neurochirurgien me trépane, retire le sang qui compresse le cerveau et cautérise l'artère blessée. Je reste dans le coma cinq semaines et, à mon réveil, je m'aperçois de ma paralysie. Devenu hémiplégique gauche, je suis transféré à Salins les Bains où je dois suivre une rééducation. Je ne marche plus, suis devenu incontinent, presque aphone et ai des pertes de mémoire.



Couché sur mon lit, j'attends la visite quotidienne d'Isabelle et je réfléchis : Avec mon accident, mon coma et mon parcours hospitalier nécessaire pour contrer mon hémiplégie, je possède un sujet peu banal pour débuter une autobiographie. Dès cet instant, écrire devient une obsession mais je dois d'abord tenir correctement un stylo de la main droite et aligner des lettres puis des mots et enfin des phrases. Tous les jours, je m'exerce, suis déçu par le piètre résultat mais j'insiste jusqu'à obtenir une amélioration acceptable. A partir de ce moment, je note tous les actes médicaux que je subis, toutes mes attitudes face à telles ou telles indications thérapeutiques, tous mes espoirs et toutes mes craintes ...

Avec l'aide d'un acupuncteur, je récupère mes fonctions vitales. Je marche de nouveau, suis audible et les séquelles de mon accident s'estompent peu à peu. Après des tensions avec le responsable du centre de rééducation, je quitte Salins les Bains pour un service similaire à l'hôpital de Dôle. Là-bas, je prends à nouveau des notes sur mon parcours hospitalier avec l'intention de plus en plus ferme de débuter mon autobiographie.

Trente sept mois plus tard, alors revenu dans le monde des valides, je raconte une période de ma vie qui débute avec mon accident et se termine cinq années plus tard. Avec l'aide du journal tenu par Isabelle lorsque j'étais dans le coma et aussi grâce à mes notes prises durant ma longue hospitalisation, j'écris ma première autobiographie "Ça n'arrive pas qu'aux autres". Elle reste, à ce jour, ma meilleure thérapeutique. Pourtant en fin d'année, je broie du noir, me pose trop de questions sans réponse sur mon avenir professionnel, sur mon couple et sur d'éventuels progrès à venir. Un soir, je fais une tentative de suicide. Sans l'intervention d'Isabelle, qui pourtant s'éloignait de moi, je ne serais plus là...



Après mon divorce, je me lance à corps perdu dans l'écriture, lis des ½uvres de Stephen King et termine ma deuxième autobiographie "Pourquoi moi"? Je débute un roman fantastique et très sombre "Les Mariannes", suivi de "Secret défense à Septfontaine" qui est du même style que le précédent. Ensuite, je m'assagis, deviens même catéchiste à la demande de ma fille aînée et m'intéresse à la vie associative. Je deviens rédacteur en chef du magazine départemental de l'Association des Paralysés de France. Huit ans après mon accident, je reconnais être handicapé. Il m'a fallu cette longue période de deuil pour accepter ma condition...

A mes débuts, j'écrivais mon texte au stylo, sur un cahier puis une personne le transcrivait sur informatique. Depuis, j'ai suivi des cours, acheté un ordinateur et tape en direct. Ma rencontre avec les éditions du Sekoya marqua un nouveau départ dans ma construction littéraire...



Aujourd'hui, je supporte toujours mon hémiplégie, suis autonome, vis seul mais une passion m'anime : l'écriture. Depuis peu, suite aux nombreuses rencontres faites lors de séances de dédicaces, je me suis lié d'amitié avec deux auteurs comtois : Gilles Galliot et Claude Gillot. Désormais, nous exposons nos oeuvres très souvent ensemble.

Dominique MAUSSERVEY

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#Posté le vendredi 27 mars 2009 07:44

Modifié le samedi 15 janvier 2011 02:59

Ma bibliographie

Ma bibliographie Dominique Mausservey
Bibliographie
























Ça n'arrive pas qu'aux autres
(autobiographie)
Editions du Sekoya (réédition)
Prix Handi-Livres de la meilleure autobiographie 2006
Le 15 décembre 1990, la vie bascule pour Dominique Mausservey. Un accident du travail ruine ses espoirs professionnels. Après plusieurs semaines de coma, il découvre la rééducation avec ses doutes et ses attentes, ses peines et ses joies. Grâce aux méthodes d'un acupuncteur, il contre les séquelles de sa chute. Il subit une longue hospitalisation et conserve une hémiplégie gauche.
Ça n'arrive pas qu'aux autres n'a pas la prétention d'être un guide mais l'auteur espère apporter, avec ce récit autobiographique, un peu de réconfort aux personnes handicapées.
(Livre 18 ¤ chez l'auteur, en librairie et grandes surfaces)

Pourquoi moi ? (autobiographie)
Editions Caracter's
Suite à un accident du travail, à cinq semaines de coma et deux années de rééducation, Dominique Mausservey poursuit sa route vers la normalité. Son chemin est parsemé d'épreuves car une hémiplégie transforme une vie. Handicapé, l'auteur combat l'intolérance et découvre les aléas de la vie. Dans ce récit autobiographique, il conte son difficile retour dans le monde des valides.
(Epuisé)

TYKO (roman)
Editions Caracter's
Il y a 35 000 ans, dans une région inhospitalière qui deviendra la Franche-Comté, vivaient des hommes de Néandertal. Ils subsistaient dans un milieu hostile. TYKO, l'un d'eux, fut exclu très jeune de sa tribu qui souffrait de la famine. Après maintes péripéties, il rencontra des hommes de Cro-Magnon.
Sera-t-il accepté par ce clan dont les membres sont si différents et déjà si ingénieux ?
(Livre 8 ¤ chez l'auteur)

Le cimetière des pestiférés (roman)
Auto-édition
Le cimetière des pestiférés, lieu magique et angoissant à la fois, fait naître beaucoup d'imaginations dans l'esprit de Gwendoline. Un ange gardien, une sorcière, un ermite et Lucifer rôdent autour de ce cimetière.
Malgré son jeune âge, Gwendoline ne rêve pas. Elle sait qu'elle vit une expérience exceptionnelle. Effrontée mais respectueuse, elle rend des visites aux pestiférés et leur porte une attention toute particulière.
Jusqu'où ira cette dévotion ?
(Livre 12 ¤ chez l'auteur)


Au-dessus des vignes (roman)
Editions L'amitié par le livre
Que se passe-t-il "Au-dessus des vignes", dans le village de Lavernay ? Des personnages étranges rôdent aux environs de ce lieu-dit. Pourquoi Maurizio sort-il tous les jours avec un grand sac dans le dos ? Qui se cache derrière Hipose ? Un dahu vit-il dans la région ? Comment cet animal légendaire peut-il exister ? Bancal est-il vraiment un bâtard ? Edmond mettra-t-il à exécution son innommable projet ?
A Lavernay, beaucoup s'interrogent.
(Livre 15 ¤ chez l'auteur)


Les secrets du Château (roman)
Editions du Sekoya
Ruffey le Château est un joli petit village comtois où il fait bon vivre. Un jeune couple de citadins rêve d'habiter à la campagne. Une opportunité s'offre à eux : un appartement situé dans le château du village est à vendre. Nathalie et Julien n'hésitent pas et s'y installent très vite avec leur fille... Des évènements insolites, d'abord anecdotiques puis de plus en plus inquiétants jusqu'à devenir diaboliques, rendent la vie des nouveaux propriétaires insupportable. Pourquoi cet acharnement ? Qui est à l'origine de ces actes odieux, est-ce un complot ou le fait d'un auteur isolé ? Des personnages troublants et un dénouement inattendu, un roman captivant.
(Epuisé)

Les îles Mariannes 1L'héritage (roman)
Editions du Sekoya
Notre avenir ressemblera-t-il à ce saisissant roman écologique ?
« ... ceux qui avaient survécu s'étaient donné rendez-vous aux Îles Mariannes et se dirigeaient vers l'Abîme du Vitiaz, unique point d'eau de l'humanité réduite à sa plus simple expression... »
Bien avant la plupart de ses contemporains, Dominique Mausservey a été conscient du drame du réchauffement climatique. À travers ce récit, il a voulu transmettre sa prise de conscience avec une tonalité romanesque qui débute en France dans le Var, en Franche-Comté et dont la première partie se termine dans les Îles Mariannes proches des Philippines dans l'Océan Pacifique.
L'Héritage est le premier livre de la trilogie Les îles Mariannes.
(Livre 18 ¤ chez l'auteur)


Les îles Mariannes 2 Le sursis (roman)
(Disponible par mail chez l'auteur)

Les îles Mariannes 3 L'avenir (roman)
(Disponible par mail chez l'auteur)

S'il te plaît, Papy, raconte-moi des histoires de ton école ! (recueil d'histoires courtes)
Editions du Sekoya
Dominique Mausservey est un très jeune grand-père. Tarabusté par son petit enfant : Comment c'était l'école pour toi ? Il décide de lui raconter.
Ce livre est fait pour les grands-pères et leurs petits-enfants. Les papys, pour se souvenir et raconter. Les enfants pour découvrir l'école des blouses grises, des plumes, des encriers et des craies. C'était il n'y a pas si longtemps...
(Livre 14,5 ¤ chez l'auteur, en librairie et grandes surfaces)

S'il te plaît, Papy, raconte-moi... des histoires d'animaux (recueil d'histoires courtes)
Editions du Sekoya
Après son premier recueil, S'il te plaît, Papy, raconte-moi des histoires de ton école ! , de nombreux lecteurs ont demandé à Dominique Mausservey d'écrire de nouveaux récits pour le plus grand bonheur de tous les petits-enfants.
Il cherche dans ses souvenirs d'agriculteur et nous offre trente-trois petites histoires d'animaux. De la naissance d'un veau ou d'un poulain, aux chevreuils, corbeaux et moineaux, les enfants découvriront un monde que la vie moderne ne leur donne que trop peu l'occasion de connaître.
(Livre 14,5 ¤ chez l'auteur, en librairie et grandes surfaces)

S'il te plaît, Papy, raconte-moi... quand t'étais petit ! (recueil d'histoires courtes)
Editions du Sekoya
... quand t'étais petit !" est le troisième titre de la série "S'il te plaît, Papy, raconte-moi...", qui fait le bonheur de tous les grands-pères et leurs petits-enfants.
... quand t'étais petit" fera découvrir aux jeunes enfants que leur papy, avant d'être leur grand-père a été comme eux, un enfant avec ses bobos, ses gourmandises, ses peurs, ses bêtises et ses émerveillements.
(Livre 14,5 ¤ chez l'auteur, en librairie et grandes surfaces)

Esther (Biographie)
Editions du Sekoya
Talent d'Or livres & culture 2011
Née à l'aube du vingtième siècle, Esther est une femme qui pourrait être notre aïeule à tous, dans une Franche-Comté rurale meurtrie par deux guerres et marquée par la vie rude du monde paysan.
Esther appréciait sa vie de célibataire. Mimile la courtisait avec assiduité. Son existence, à Mercey le Grand, fut ponctuée d'épreuves, de travail et des joies simples de cette époque à la fois si proche et déjà oubliée.
Un destin hors du commun qui ne laissera pas le lecteur indifférent.
(Livre 14,5 ¤ chez l'auteur, en librairie et grandes surfaces)
 
Robert (Biographie)
Éditions du Sekoya
Talent d'Or livres & culture 2011
Robert, une jeunesse comtoise est le second livre d'une nouvelle collection de Dominique Mausservey « Destins Comtois ».
Après le grand succès d'Esther, dont l'histoire se déroulait à l'aube du vingtième siècle, voici Robert dont l'enfance et l'adolescence se situent dans le Doubs au cours de ces périodes tourmentées de la seconde guerre mondiale et de celle plus joyeuses de l'après guerre. Une jeunesse d'enfant de paysans comme celle que la plupart de nos parents et grands-parents ont connue. Certains s'en souviennent encore, d'autres l'ont entendue de leurs parents.
C'était hier et pourtant il y a déjà si longtemps.
(Livre 14,5 ¤ chez l'auteur, en librairie et grandes surfaces)
 
Célina & Célestin (Biographie)
Editions du Sekoya
Célina et Célestin, une famille comtoise, est le troisième livre de la série de Dominique Mausservey : Destins Comtois. Après Esther, une vie comtoise et Robert, une jeunesse comtoise, c'est la touchante histoire de ses grands-parents que raconte Dominique Mausservey.
Des années vingt aux années soixante-dix du siècle dernier, ce sont cinq décennies de leur vie commune traversée par la dernière guerre mondiale et les bouleversements qui annonçaient la fin de la ruralité et préfiguraient l'entrée dans le nouveau millénaire. 
(Livre 14,5 ¤ chez l'auteur, en librairie et grandes surfaces)
 
Trois Histoires Courtes (Recueil)
Editions du Sekoya
Ces histoires courtes sont  à la littérature ce que la dégustation est au bon vin, un moment privilégié du plaisir de lire en entrant très vite dans le récit. La nouvelle est l'art de raconter en quelques pages une fiction ou une réalité qui provoque à la fin de sa lecture une réflexion aussi intense qu'après avoir parcouru un « pavé » de quelques centaines de pages.
Plus habitué à la littérature de terroir, Dominique Mausservey vous présente, dans ces histoires courtes, un aspect inédit de ses qualités d'écrivains.
Au Moutherot, une reconversion comtoise
Bien avant que l'écologie ne devienne une tendance irréversible, le choix difficile d'un viticulteur précurseur, de la culture raisonnée. Gagnera-t-il son pari ?
« Comtois, rends-toi ! Nenni, ma foi »
Juin 1940, Marcel, un adolescent franc-comtois, confronté à l'occupation allemande et à la menace du travail obligatoire en Allemagne, fuit vers la Méditerranée, mais...
Le carnet ? Ecrit à trois mains avec la complicité d'Hubert Mougel
Un voyage étrange dans le monde de la nuit, du rêve et de tous les dangers !
Tom vit en décalage avec la réalité. Sa compagne le soutient malgré tout. La possession d'un carnet va bouleverser une existence déjà bien agitée.
(Livre 9 ¤ chez l'auteur, en librairie et grandes surfaces)
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#Posté le vendredi 27 mars 2009 07:51

Modifié le samedi 31 mars 2012 02:52

Livre 1 : ça n'arrive pas qu'aux autres

DOMINIQUE MAUSSERVEY

Ça n'arrive pas qu'aux autres

(Conséquences d'un accident)

Autobiographie

A Isabelle et Fat-Hang

Pour préserver l'anonymat et l'intégrité du personnel hospitalier, j'ai transformé volontairement leur nom et leur prénom, excepté ceux de deux médecins auxquels je voue une profonde admiration : Les docteurs Lambert et Holy.
L'auteur

En culottes courtes, à l'ombre du château de CHAZOY, je découvrais les plaisirs de la nature. Accompagné de Brigitte l'aînée, de Geneviève l'espiègle, de Christine la chipie et de Rémy le dernier, j'ai appris tous les bonheurs de la ferme. Mes grands-parents m' éduquaient dans la tradition rurale. Plus tard, adolescent, je n' eus qu'un désir, devenir agriculteur. Entre les études et les sorties entre copains, mon envie devenait plus viscérale. Un an sous les drapeaux ébranla quelque peu ma conviction profonde mais déterminé, la passion l'emporta et je décidai de m'associer avec mes parents dès ma vingtième année. Aprés quelques mois, plus aucun problème ni souci ne m' était étranger, mais quel plaisir de voir un veau naître ou une céréale éclore !
Entre les soins aux animaux, le suivi des cultures et l'entretien du matériel, mon emploi du temps était saturé. Très actif, je ne comprenais pas ceux qui s'ennuyaient dans leur travail. Pour moi, il était impensable de se reposer plus d'une semaine. Pourtant mes nouvelles activités ne m'empêchaient pas de voir mes copains au nombre d'une dizaine avec qui je buvais plus que de raison, roulais trop vite en voiture et fréquentais les pistes de danses du samedi soir. C'est en été, lors d'un bal de campagne que je fis la connaissance d'une jeune fille et j'eus rapidement l'impression de ne plus pouvoir m'en passer. Je découvrais le véritable amour et vivais une passion inconnue jusqu'alors. Elle était jeune et sa vie citadine mit beaucoup d'obstacles à nos rencontres. Mes parents me firent comprendre dès le début, qu'ils n'accepteraient pas cette liaison avec une fille sans racines rurales. Après une dispute d'amoureux et une vive tension avec mon père, je quittai la région sur un coup de cafard. Mais Isabelle sut me convaincre de revenir et, à partir de ce jour, notre amour devint indestructible. Puis vint le mariage, la naissance de deux filles. Ma situation familiale s'affirmait mais je me posais de plus en plus de questions à propos de mon métier. En effet, comment supporter seul la charge de travail lorsque mes parents seront en retraite . Avec des structures de plus en plus grandes et des bénéfices de moins en moins importants, je devais réagir et optimiser mon entreprise. C'est sur l' instigation d'un copain de longue date, Jean-Marc, que je décidai de m'associer avec lui. Cette union qui devait être effective à partir de janvier 1991, avait déjà été précédée d'un regroupement d'animaux, de semis en commun et de projets réalistes, mais...


I
Un profond sommeil



Samedi 15 décembre 1990 à 11h00.

Service des correspondancières de ventes dans l'entreprise Maty.
- Isabelle, un appel privé !
- Je prends !
- Isabelle ?
- Salut m'man !
- Je viens de recevoir un appel de ton beau-père, Domi est tombé, le médecin est sur place, ils attendent le Samu !
- Mais Domi est tombé de où ? Et pourquoi le Samu ?
- Je n'en sais pas plus, si tu veux, je peux venir à l'hôpital avec toi.
- OK. J'arrive !
Habituellement, je quitte mon travail à 13h30 mais je demande à ma responsable de partir immédiatement, ce qui est accepté. Ma mère m'accompagne et nous nous rendons à l'hôpital de Besançon. Au Samu, consternation, Domi n'est pas attendu. Je téléphone à Chazoy, là mon beau-père me dit :
- Le Samu est là, ils vont l'emmener, on a fait tout ce qu'il fallait.
Il est 12h15, comment ne pas être inquiète avec si peu d'explications ? A 12h30, angoissée, je rappelle.
- Le Samu est toujours là, on a fait tout ce qu'il fallait.
A 12h45, pour avoir de plus amples renseignements, je décide d'appeler notre médecin de famille. Par chance, il vient d'arriver et m'annonce :
- C'est très grave, votre mari est dans le coma, maintenant il faut vivre au jour le jour.
Je raccroche, abattue. Onze mois plus tard, ce médecin m'avouera avoir pensé que Domi n'avait aucune chance d'arriver vivant à l'hôpital.
J'entends la radio crépiter : Mydriase bilatérale, besoin d'un scanner, prévenez le neurochirurgien.
Enfin, à 12h55 je vois une image furtive. Deux ambulanciers poussant un chariot sur lequel est installé un matelas coquille d'où dépasse uniquement ton visage. Je distingue un tuyau entrant dans ta bouche. Un homme en blouse blanche m'accoste.
- C'est vous Madame Mausservey ?
- Oui.
- Bonjour, je suis l'interne qui s'occupe de votre mari, c'est très grave, il va passer un scanner. Je viendrai vous donner le résultat.
A 13h15, l'interne revient.
- Alors ?
- Le scanner a montré une artère perforée sur le côté droit du cerveau plus une fracture du crâne, votre mari a besoin d'une opération d'urgence. Le bloc opératoire et le neurochirurgien sont prévenus, il est inutile d'attendre, revenez vers 16h00.
Exacte au rendez-vous, une infirmière me conduit en salle de réveil et m'explique la fonction des appareils qui t'entourent. Là, je te trouve endormi, un pansement recouvre tout ton cuir chevelu. Je peux dire que tu es branché, un gros tuyau partant d'un appareil est rentré dans ta bouche. C'est une machine contre l'insuffisance respiratoire. Tu as aussi une perfusion dans le bras gauche d'où partent sept tuyaux et sur le torse trois ventouses en plastique reliées à des cadrans qui indiquent les battements du c½ur, la tension et la température, puis un drain sortant de ton pansement pour évacuer le sang du cerveau et enfin une grosse seringue de calmants qui s'injectent très lentement dans une veine. Un homme en blanc s'avance vers moi.
- Bonjour madame, je suis le médecin anesthésiste, le neurochirurgien a réussi à cautériser l'artère. Votre mari est dans un coma stade trois. De plus, nous le maintenons dans un coma médical, car il est très agité.
- Combien de temps va-t-il rester dans le coma ?
- Impossible à savoir, peut-être deux jours, huit jours, un mois...
- Donc lundi quand il se réveillera...
- Je n'ai pas dit qu'il se réveillera lundi.
- Vous avez dit deux jours.
- Oui, mais... Peut-être... Je suis bien incapable de vous donner une date.
J'apprends également que le sang libéré dans le cerveau de Domi descendait et arrivait aux amygdales quand il est rentré à l'hôpital et un quart d'heure plus tard il serait mort étouffé par le sang qui allait comprimer sa gorge. Je suis informée également que Domi est arrivé à l'hôpital dans un coma post-mortem. J'ai décidé de rester à Besançon chez mes parents jusqu'à ce que Domi sorte de l'hôpital pour réduire les trajets et Mamie s'occupera des deux petites. Ce soir, je téléphone à Jean-Marc pour qu'il m'explique la chute de Domi.
- Bonsoir Jean-Marc.
- Salut Isabelle, quelles nouvelles de Domi ?
- Il est toujours dans le coma stade trois, mais dis-moi, sais-tu d'où est tombé Domi, je suppose que c'est d'un toit car il adore grimper dessus ?
- Non, c'est d'un chargeur frontal de tracteur, il faisait la litière, une botte ronde au bout de la fourche avant et pour gagner dix minutes, m'avait-il dit, il avait pris l'habitude de grimper sur la machine pour couper les ficelles et descendre la paille dans la stabulation. Ses pieds étaient à trois mètres du sol lorsqu'il est tombé, on suppose, car il a été trouvé assis contre la roue avant et il se plaignait de la tête.
- Il était fou de faire ça !
- Tu sais on est tous un peu fou !

Dimanche 16 décembre.
Que c'est triste un week-end à l'hôpital. Toi, tu ne te forces pas trop, tu dors. Si le coma c'est ça, tu dois récupérer de toute la fatigue accumulée. Il y a peu de personnel dans le service. J'ai pu apprendre que tu es toujours sous sédatifs. Je me suis aperçue que tes paupières bougeaient.

Lundi 17 décembre.
Tu as changé de service. Ils t'ont transféré en réanimation chirurgicale. Il s'y dégage presque une ambiance familiale. Une infirmière ne s'occupe que de deux malades. Elle répond à toutes les questions.
- Pourquoi Domi a un sparadrap sur les yeux ?
- Il les ouvre trop souvent et il risque de se dessécher la rétine.
- Quand est-ce qu'il va se réveiller ?
- Tout dépend de la lésion, une semaine, un mois, franchement je ne sais pas.
Je la quitte, l'infirmière m'interpelle.
- Madame, vous avez des enfants ?
- Oui, deux filles.
- Il faudrait nous apporter leurs photos avec leur nom et leur date de naissance, car nous les installerons au-dessus de son lit et lors de sa toilette, nous lui parlerons de vos enfants. C'est important. Il faudrait également lui apporter des cassettes de bruits familiers ou de chansons qu'il affectionne !
Dans ce service, les visites et l'hygiène sont très strictes. Il est prévu uniquement deux visites de vingt minutes chacune. Domi n'a droit qu'à deux visiteurs, uniquement de la famille.
Quand je rentre dans l'hôpital, je dois avertir de mon arrivée l'infirmière du hall d'entrée du service. Je dois me vêtir de surchausses et d'un bonnet, tous deux en papier, et j'enfile également une blouse blanche en tissu. Puis, je dois attendre que vienne me chercher l'infirmière attribuée à Domi. C'est le moment privilégié pour recevoir des avis clairs et professionnels. Dans ce service, toutes les portes sont ouvertes exceptées celles des pièces stériles. Dans ta chambre, vous êtes trois. Toi, tu es face à la porte comme un concierge. Tu es vêtu d'une blouse d'hôpital et recouvert seulement d'un drap car tu fais de la fièvre.

Mardi 18 décembre.
Tu possèdes une nouveauté. En plus des appareils de contrôle, ce sont des petits sacs de glace pour que ta température baisse m'explique l'infirmière. Je t'ai apporté une cassette de Polnareff que tu écoutais souvent, j'espère qu'il va te réveiller. J'ai rencontré le chef de service qui me dit que le dernier scanner indique que l'hématome cérébral régresse mais que les douleurs sont trop fortes pour envisager l'arrêt des sédatifs. Pourtant, tu sembles dormir calmement, sans souffrance.

Mercredi 19 décembre.
Aujourd'hui, il me semble que tu m'entends. Quand je te parle à ta droite, tu tournes la tête, la même chose à gauche. Ils t'ont enlevé le sparadrap sur les yeux, quand je t'ai demandé de lever les paupières, je les ai vues bouger. Alors, réveille-toi, demain !

Jeudi 20 décembre.
Tu me déçois. Pas le moindre petit signe, tu n'es plus réceptif à mes demandes, c'est décourageant.

Vendredi 21 décembre.
Je suis accompagnée de Jean-Marc, je l'ai présenté comme étant ton frère. Ce n'était pas le jour à l'amener te rendre visite. En effet, j'apprends que tu n'es plus sous calmants. Tu t'agites beaucoup, crispes les bras et ouvres très grand la bouche et essayes de retirer l'appareil respiratoire. Les appareils de contrôle s'affolent, tu as 40,7 ° de température et 125 pulsations cardiaques par minute. Ton copain est très impressionné, après dix minutes à tes côtés, il sort. Si tu peux, penses à lui qui trait tes vaches matin et soir et remercie ton beau-frère Jacky qui a pris quinze jours de vacances pour te remplacer dans ton travail.

Samedi 22 décembre.
Cela fait une semaine que je parcours les couloirs de l'hôpital, et toi, tu dors. L'infirmière me dit que tu ne présentes aucun signe de réveil. Pourtant, je t'ai apporté une cassette où les filles te parlent. J'ai cru percevoir un petit sourire. Ce soir, pour la première fois j'ai été témoin de la manière dont on aspire ta salive. Je suis ressortie du service en pleurs.

Dimanche 23 décembre.
Le jour de ton anniversaire, la fête de ta trente-troisième année, je m'en souviendrai comme d'un jour gris, triste. Tu n'as eu aucune réaction à mes stimulations. Je t'ai lu des articles de "La France Agricole" notamment ceux que tu affectionnes. Ils concernent l'élevage et la fiscalité. Je m'efforce de te parler à haute voix chaque fois que je te rends visite, c'est ma manière de te dire que tu es vivant, que j'ai besoin de toi.

Lundi 24 décembre.
Excuse-moi, aujourd'hui, j'ai craqué. Je ne suis restée vers toi qu'un quart d'heure. Tout d'abord, en arrivant, je rencontre le chef de service qui me dit : « Le scanner et l'encéphalogramme ont montré que depuis l'arrêt des sédatifs, l'hématome n'a pas régressé. Nous allons remettre votre mari sous calmants, de ce fait n'attendez pas son réveil cette semaine ».
Ensuite, je me rends dans ta chambre et là, je vois que l'on a enlevé le pansement sur ta tête et j'aperçois un crâne totalement rasé à l'image d'un bonze. C'en est trop. Je pars effondrée.
Tous les soirs, je reçois d'innombrables appels téléphoniques de la famille, des amis. C'est dur de répéter toujours les mauvaises nouvelles. Mes parents ont essayé de confectionner un vrai réveillon de Noël. Mais tu manques à la table et les yeux des filles sont remplis de questions.

Mardi 25 décembre.
C'est un Noël triste, j'ai de la peine. Pourquoi ça arrive à nous ? C'est injuste. En plus de la douleur morale, bientôt vont se greffer les problèmes matériels, le financement de tes emprunts, la gestion de ton exploitation, ton salaire. Alors dépêche-toi, réveille-toi !



Mercredi 26 décembre.
Encore un nouveau changement. Le neurochirurgien a décidé d'arrêter les sédatifs, je n'y comprends plus rien. Ce matin, ils ont effectué une trachéotomie. J'espère que plus tard le trou se refermera complètement, car c'est très impressionnant. Tu es en progrès, tu m'as serré la main et bougé les lèvres. Ce soir, ta mère m'appelle. Elle a envoyé une photo de toi et six cents francs à une radiesthésiste pour s'entendre dire par téléphone : «Je vais vous expliquer l'accident que vous n'avez pas vu, bien entendu. Votre fils s'est endormi et il a traversé la route». C'est honteux, et cela ne mérite aucun commentaire.

Jeudi 27 décembre.
C'est au tour de ton vrai frère de te rendre visite. Face à lui, tu restes inerte. J'ai remarqué que tu bougeais la bouche et l'½il droit.

Vendredi 28 décembre.
C'est encourageant, l'infirmière pense que tu suis les ombres des yeux, comme un bébé. Je t'ai apporté une cassette des bruits de la ferme : Ronronnements de tracteur, beuglements de taurillons et surtout aboiements de la chienne Rita. A ces bruits, tu ouvres les yeux et tu t'agites tout à coup.

Samedi 29 décembre.
Pour ta deuxième semaine à l'hôpital tu as accompli des miracles. Je t'ai fait écouter de nouveau les bruits de la campagne et là, incroyable, tu as levé le bras gauche puis le droit et tu as bougé la jambe gauche !

Dimanche 30 décembre
La journée a mal commencé pour toi. Les infirmiers ont essayé de t'enlever le respirateur artificiel, cela s'est soldé par un échec. Je rencontre le neurochirurgien, ses propos me pétrifient : «Vous savez Madame, vu le peu de progrès que votre mari fait, ne vous attendez pas à son réveil avant des semaines».
Je rentre triste fêter la nouvelle année. Que c'est dur de sourire. Je me couche tôt et pleure. Il est deux heures du matin lorsque le téléphone retentit. Affolée, je me précipite, décroche et entend une tonalité qui indique que mon correspondant a raccroché. Décontenancée, je rappelle immédiatement le service de réanimation pour prendre de tes nouvelles. La surveillante me rassure et me tranquillise. Je pense au réveillon de demain et voudrais effacer le jour de la saint Sylvestre. Toi, immobile dans ton lit et les autres, un verre à la main, c'est injuste...

Lundi 31 décembre.
Tu ne progresses plus et je perds espoir. Cette journée qui devrait être synonyme de bonheur, ne m'apporte que des doutes.

Mardi 1er janvier.
Le nouvel an avec son flot de bons v½ux : Bonne année ! Bonne santé ! Ces mots sont stupides, je les hais. A l'hôpital, tu m'as surprise, tu essayais de retenir ma main avec ton bras droit. Bien sûr, tu ne serrais pas franchement, mais tout ton bras se contractait. Tu as un hoquet violent et constant. La machine qui t'aide à respirer sonne chaque fois que tu ne fais pas l'effort d'inspirer. Elle m'affole car la sonnerie retentit quatre fois sur cinq.

Mercredi 2 janvier.
Tu dois m'entendre, car, quand je suis entrée dans la chambre et que je t'ai dit «Bonjour !», tu as souri et encore plusieurs fois dans l'après-midi. Je suis sûre que tu vas te réveiller bientôt. J'attends.

Jeudi 3 janvier.
Tu ne fais aucun effort comme si tu en avais fait trop hier. Pourtant je reste de plus en plus longtemps avec toi. La visite qui devrait durer vingt minutes s'allonge parfois jusqu'à une heure. La surveillante ferme les yeux. Je me pose beaucoup de questions sur ton état à ton réveil. Je me renseigne grâce aux émissions télévisées et j'ai peur. Quand je rencontre ta cousine infirmière dans cet hôpital, je l'interroge mais hélas, elle ne peut que me donner des réponses abstraites. Que tu aies un handicap physique, je l'admettrai mais j'espère que tu retrouveras toutes tes facultés mentales. Les filles me demandent aussi des explications. Hier soir, j'ai entendu Amandine pleurer dans son lit. Je me suis accroupie pour être à sa hauteur et lui ai demandé : «Pourquoi pleures-tu ?»
- Parce que je voudrais voir mon papa !
- A l'hôpital, le docteur ne veut pas, quand il sera réveillé, tu pourras y aller, tu verras ton papa sera bientôt debout.
- Pourquoi, il dort tout le temps !
- Mais oui, il a eu un gros accident.
- Ah !
- Je t'en prie, ne pleure plus, d'accord ?
- Oui.
La petite, les yeux rougis, se blottit contre moi et réprime un sanglot. Je ne peux que penser : Pauvre petite Amandine, il est si loin le temps où ton papa te faisait sauter sur ses genoux, chantait et riait.

Vendredi 4 janvier.
Je crois que tu prends plaisir à me sourire, moi aussi d'ailleurs. Je suis accompagnée de ton frère et je t'ai apporté une cassette de Coluche. Tu dois entendre et comprendre, car tu as franchement ri deux fois.

Samedi 5 janvier.
Trois semaines que tu dors, pour celui qui t'a connu dynamique, c'est impossible. J'ai eu la surprise de te voir assis. Les infirmières t'avaient installé dans un fauteuil, le torse attaché au dossier, les bras sur les accoudoirs, ta tête penchée, tu es avachi, immobile, absent. A te voir, je songe à la paralysie et j'ai peur de ta réaction à ton réveil.

Dimanche 6 janvier.
Comme chaque fois en fin de semaine tu te reposes, alors, pas de progrès spectaculaire. Tu restes assis, bouche close, tu parais inébranlable. Dépêche-toi de revivre car je me sens défaillir.

Lundi 7 janvier.

Si tu te voyais assis dans ton fauteuil, ça fait peine à voir ! La tête dangereusement penchée à gauche et maintenant tu fronces les sourcils. Pourquoi ?
Il faut que j'arrête de lire des revues médicales car je me fais peur. Imagine, si tu deviens paraplégique ? C'est à dire, ne pas marcher, tu deviendrais fou, si tu restes hémiplégique droit, c'est à dire la moitié du corps paralysée, tu ne pourras plus te servir de ton bras ni pour écrire, ni pour manger et de plus, tu ne parleras plus. Je suis certaine que tous ces handicaps tu ne les accepterais pas.

Mardi 8 janvier.
De te voir toujours inerte, je deviens pessimiste. Un infirmier est venu s'asseoir à mes côtés pour me réconforter quelque-peu. «Il ne faut pas vous décourager, car il y a de l'espoir. Je suis sûr que votre mari vous voit mais il ne sera sorti du coma que lorsqu'il pourra communiquer, serrer la main, hocher la tête».
La cassette de Coluche te fait toujours beaucoup rire, je l'ai arrêtée au cours d'un sketch car je craignais que tu t'étouffes.

Mercredi 9 janvier.
Tu ne progresses plus. L'infirmière m'a annoncé que bientôt tu vas quitter la réanimation pour le service neurochirurgie. Est-ce une amélioration ? Tu as perdu une dent sur pivot, elle avait été malmenée par le passage d'une canule lors de ton arrivée. Tu ne dois t'en prendre qu'à toi, car tu m'as expliqué que les sucreries, dans ton enfance, t'avaient endommagé toute ta mâchoire. Pour preuve, tu as deux appareils dentaires neufs, des pivots et aucune dent naturelle.

Jeudi 10 janvier.
Ai-je bien entendu ? Les bruits de couloirs disent que tu es dans une phase de réveil. Je n'ai pas osé poser de questions de peur d'une réponse défavorable. Je te quitte pleine d'espérance, pourtant tu es comme hier.

Vendredi 11 janvier.
Puisque tu es en progrès, je te teste.
- Ferme les paupières !
Et tu le fais. Maintenant plus dur.
- Dis oui avec la bouche !
Par miracle, je vois tes lèvres bouger, mais hélas, aucun son ne sort de ta bouche. Je suis confiante, moins préoccupée que d'habitude.

Samedi 12 janvier.
Aujourd'hui, tu ne réponds plus à mes tests. C'est décourageant. Tu fais la tête comme si je t'importunais. Ta cousine infirmière est optimiste.
- Domi se réveille lentement, c'est bon signe, courage Isabelle !

Dimanche 13 janvier.
Une douche froide m'est tombée dessus. Je rencontre le neurochirurgien.
- Monsieur, franchement, que pensez-vous de mon mari ?
- Il faudra encore des jours avant son réveil et il y laissera quelques plumes.
Interloquée, je me tais et quitte l'hôpital, triste.

Lundi 14 janvier.
Je revois le médecin et lui demande :
- Qu'est-ce que c'est les quelques plumes que devrait laisser mon mari ?
- Peut-être des troubles de la mémoire. Je vous ai dit cela pour que vous vous prépariez à toutes éventualités.
Alors quand je me suis retrouvée à tes côtés, je t'ai demandé de faire des efforts mais tu ne m'écoutes pas vraiment avec ton air détaché et ta tête penchée...












II

Oui



Mardi 15 janvier.
Tu as été transféré en neurochirurgie. Le chef de service dit que tu es dans un coma vigilant. Ils t'ont mis une canule parlante et par deux fois j'ai eu peur que tu t'étouffes. Vu le peu d'enthousiasme du personnel pour venir à ton secours, je cours chercher ta cousine infirmière. Arrivée, essoufflée à ton chevet, elle me rassure.
- La nouvelle canule donne peu d'air à Domi, comparée à l'autre et le soir il est beaucoup trop fatigué pour faire l'effort de bien respirer. Ne t'inquiète pas pour cette nuit, je vais rencontrer le médecin pour qu'il s'occupe sérieusement du cousin.
J'entre bien vite dans les habitudes du nouveau service, qui est bien différent de celui de réanimation. Ce n'est plus un visage humain qui m'est montré mais une grande force technologique froide et rêche. Le personnel surchargé de travail n'est plus omniprésent et les familles ne retrouvent pas la convivialité de l'antenne précédente. Les visites sont autorisées de quinze heures trente à dix-neuf heures, les personnes autorisées à voir les malades sont toujours au nombre de deux.

Mercredi 16 janvier.
Tu occupes une chambre particulière. La porte de cette pièce est fermée, ce qui m'effraie, car s'il arrivait un problème, les infirmières te verraient-elles à temps ? Ta cousine a de l'influence, en effet ils ont remis une canule identique à la précédente. Autre fait choquant, tu es tout nu, ta blouse remonte le long de ton corps et le visiteur qui m'accompagne découvre ta virilité ce qui me gêne un peu. Mais je pense que c'est la preuve que tu remues beaucoup.

Jeudi 17 janvier.
Ton changement, c'est ta voix. Tu articules beaucoup, mais les sons sortent désordonnés et inaudibles. Il faut que mon oreille touche tes lèvres pour entendre un chuchotement.

Vendredi 18 janvier.
J'ai pu discuter avec le chef de service. Il va enlever ta canule la semaine prochaine. De plus, aujourd'hui ils ont essayé de te donner à manger à la petite cuillère mais tu n'as pas dégluti. Je t'ai demandé pourquoi tu n'as pas avalé, tu m'as donné pour seule réponse une grimace avec ton nez.

Samedi 19 janvier.
Tu es toujours aussi têtu. Ce midi tu as encore un manque d'appétit et tu fais toujours ta mimique de dégoût. Je t'ai appris la mort du neveu du beau-frère, un petit gamin de cinq ans atteint de mucoviscidose. Tu le connaissais un peu mais j'ai été surprise par ta réaction : Tu as pleuré. Si j'avais supposé que cette nouvelle te rende si triste, je me serais abstenue de te l'annoncer.

Dimanche 20 janvier.
Maintenant, je sais pourquoi tu ne voulais pas avaler les aliments à la cuillère. C'étaient des yaourts et puisque tu n'aimes aucun laitage, tu t'obstinais bouche fermée. J'ai eu l'accord de l'infirmière pour t'apporter des mousses au chocolat et des petits pots de bébé. Je suis toujours à l'écoute de ta voix éteinte, que c'est long...

Lundi 21 janvier.
Comme convenu, la mousse au chocolat est là. Et bien sûr, tu la dévores. Si tu pouvais communiquer, ce serait si simple ! A chaque visite, je te demande de dire "oui". Mais tu hoches la tête.
- Non, pas avec la tête, mais avec les lèvres.
Je me précipite à ta bouche pour entendre un son insignifiant qui ressemble à un "oui".

Mardi 22 janvier.
Ta trachéotomie est enlevée. Vu le peu de renseignements que je peux soutirer du chef de service, je téléphone à notre médecin de famille pour savoir si l'on peut encore parler de coma.
- Pour ma part, un malade qui mange n'est plus dans le coma. Demain, j'irai voir votre mari et je vous donnerai mon avis.


Mercredi 23 janvier.
Ouf ! J'ai l'avis de notre docteur.
- Je trouve votre mari bien, je pense qu'il n'est plus dans le coma, il va se réveiller lentement.
Alors Domi, dépêche-toi de parler, je te stimule mais avec si peu de succès !

Jeudi 24 janvier.
Penché dans mon fauteuil, je vois arriver Isabelle. Elle m'embrasse.
- Alors, la forme aujourd'hui ?
- Oui.
- Mais tu as dit oui ! Je l'ai entendu, c'est formidable !
Alors là, c'est grave. Ma femme disjoncte, pour moi, dire "oui", ce n'est pas un événement, c'est anodin.
- Redis-le pour voir !
Elle colle son oreille à ma bouche et je souffle d'une voix imperceptible :
- Oui !
- Super, bien sûr, il faut que je me penche pour entendre, mais c'est fantastique !
Tout ce bonheur pour un "oui", il aurait été plus simple de me le demander plus tôt. Je ne sais pas pourquoi, mais vers dix-huit heures, j'ai mal à la tête. Je ne comprends pas pourquoi je suis si faible. Cette rencontre m'a épuisé. Par contre, Isabelle me quitte, heureuse.

Vendredi 25 janvier.
J'en ai marre de répéter des oui, alors je lui parle vraiment. Isabelle a dû devenir sourde, car elle approche son oreille de ma bouche... Souvent elle me demande de répéter.
- Domi, je suis accompagnée de ta mère, je lui ai demandé d'attendre pour une surprise, je vais la chercher, quand elle arrivera tu lui diras : "Bonjour maman !".
- Oui. Ah là ! Zut, ça recommence !
Ma mère entre. Moi bien obéissant, j'annonce :
- Bon anniversaire !
Isabelle, me questionne sur un accident dont j'aurais été victime. J'en garde aucun souvenir. Elle me parle également d'un stage que j'ai dû effectuer mais dont je ne porte pas trace dans ma mémoire. Alors je demande pourquoi toutes ces interrogations. Elle m'explique qu'il y a eu cet accident et c'est la cause de mon hospitalisation.

Samedi 26 janvier.
Entre deux transferts, allongé ou assis, j'attends. J'attends ma nourrice que j'adore : C'est ma femme. Elle me donne des petits pots pour bébés et c'est délicieux. Elle me demande tout le temps de parler mais je trouve plus bizarre qu'elle me commande également de bouger les membres.

Dimanche 27 janvier.
Isabelle me parle fort et moi, je réponds avec une faible voix :
- Pourquoi tu n'as pas tout mangé la purée à midi ?
- Alors tu m'espionnes ?
- Mais non, c'est l'infirmière que me l'a dit, elle était inquiète.
- Affreux, c'était de la purée de choux-fleurs au fromage.
- Et comme tu es fâché avec le gruyère, je comprends...
Ma tête penche à gauche, alors Isabelle me la prend à deux mains pour la redresser et je lui réplique :
- Je peux tout seul.

Lundi 28 janvier.
J'ai pris une grande décision et j'en fait part à ma femme. Avachi, j'annonce :
- Je veux divorcer pour me remarier avec la femme de Jean-Marc. Toi, tu veux bien te retrouver un paysan !
Je ne sais pas si elle m'a comprise, car placide, elle a continué à me donner de la mousse au chocolat. Je devais avaler trop vite, car j'ai éternué et le visage et le chemisier d'Isabelle étaient maculés de taches. C'est un rire suivi d'un air songeur.
- Dis, où est Amandine ?
- Chez ma mère, pourquoi ?
- Elle me manque.
- Ne t'en fais pas, je pense que tu tiens le bon bout.
- J'espère.
- Il est dix-neuf heures, je vais bientôt te quitter.
- Eh bien, bonne nuit !

Mardi 29 janvier.
Maintenant, quand Isabelle porte un verre à mes lèvres, je peux boire. Puisque je suis grand, je demande à ma femme de mettre la cuillère de mousse au chocolat dans ma main droite, mais cet essai n'est pas concluant. En effet, le couvert glisse lamentablement entre mes doigts et tombe sur ma blouse.
- Mais tu n'as plus assez de forces, tu es tellement maigre !
-
Mercredi 30 janvier.
Que c'est dur de tenir toujours la tête droite ! La mienne penche inlassablement à gauche. Je dois mieux parler, car maintenant Isabelle comprend presque tout et nous redevenons des complices, comme avant. Elle n'est pas rancunière car elle est accompagnée de la femme de Jean Marc.
- Dis, tu as vu les yeux jaunes de Domi ?
- Jaunes, mais comment ?
- Le blanc, il est jaune !
- Je n'avais pas remarqué, mais tu sais, il y a tellement de choses pour moi qui sont importantes que je ne m'arrête pas à ces petits détails.
- C'est fou tout ce que vous avez subi !
- Tu sais Domi, j'ai parlé avec le chef de service. Tu pars mercredi prochain au centre de rééducation de Vilons. Je me suis renseignée, c'est le meilleur service de réadaptation fonctionnelle de la région. J'espère que là-bas, tu récupéreras très vite. Je te laisserai un peu d'argent, mais pas trop car tu pourrais faire des folies.
- Oui, maman.
- Tu sembles souffrir.
- Oui, j'ai mal à la tête.
- Depuis longtemps ou c'est quand tu fais un effort ?
- Ça m'arrive quand je vais aux W.C.
- Mais tu ne vas pas aux W.C. !
- Ah bon.
- Tu tiens mieux ta tête.
- C'est parce que je me force tout le temps.
- C'est bien, continue.


Jeudi 31 janvier.
Chaque fois que je vois rentrer Isabelle, je souris, je suis très heureux car elle est accompagnée d'un de mes cousins agriculteur.
- Salut collègue.
- Qu'est-ce qu'il dit ?
- Il a dit : "Salut collègue !".
- Alors tu as fini de labourer ?
- Il demande si les labours sont terminés !
- Euh, oui.
Après dix minutes de dialogue à trois, mon cousin sort livide.
- Mais qu'est-ce qui lui prend ?
- Ne t'inquiète pas. Mais dis donc, il paraît que tu fais du charme aux infirmières ?
- Ce matin, lors de la toilette, elles me disent : "Montrez-nous comme vous êtes beau !". Et moi, je leur ai répondu : "Regardez mon profil, tout le monde sait que je suis le plus beau !".
- Oh, je t'aime !
- Dis, on fait un gros câlin ?
- Pas ici.
- Ah, bon...

Vendredi 1er février.
Quand je vois entrer ma femme, j'essaie de me redresser sans succès. Alors penché, je lui demande :
- Qu'apportes-tu ?
- Un questionnaire du ministère de l'agriculture.
Mes réponses semblent cohérentes.
- Dis, Jean-Marc voudrait savoir quel produit tu utilises pour vacciner les veaux ?
- "Coroniffa" et "Imocolibov", cinq millimètres cubes sous la peau.
- Chapeau !
- Contrairement à ce que pensent certains, je ne suis pas encore fou !

Samedi 2 février.
Visite du chef de service et de son assistant.
- Je suis très étonné de la vitesse de vos progrès.
- Il suffisait de demander...
- Qui est à vos côtés aujourd'hui ?
- La patronne et le beau-frère.
- Pour votre rééducation, je vous envoie bientôt à Vilons.
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#Posté le vendredi 27 mars 2009 08:03

Modifié le samedi 28 mars 2009 11:19

Les îles Mariannes

Dominique MAUSSERVEY

LES ILES MARIANNES
I


(L'Héritage)

Roman

Nous n'héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons aux générations futures (...)

Aux générations futures.

Toutes similitudes avec des personnes existantes ou ayant existé ne seraient que pures coïncidences.

I
Des problèmes.


Pascal arriva sur le trottoir et fixa le ciel limpide. Il passa une main dans ses cheveux blonds et courts puis grogna :
-Quel sale temps !
En effet, aucun nuage ne masquait le ciel limpide. Un soleil éclatant au mois de décembre et une trop forte chaleur contrariaient Pascal. La météo annonçait vingt-neuf degrés dans la région de Toulon. Le jeune homme aimait sa ville d'adoption mais depuis le début de l'année, il y faisait trop chaud. Un cartable à la main, Pascal dévala comme un enfant, les rues qui descendaient du Mont Faron. Il rejoignit le centre-ville puis alla vers le port. Il stoppa devant un bar, y entra et commanda un petit noir, à Jojo le patron. Accoudé au comptoir, il buvait son café et écoutait la radio de l'ordinateur qui annonçait :
- Vous êtes bien sur Nocensure, la toute nouvelle radio du net âgée
seulement de cinq jours. Nous les journalistes, nous vous apporterons
des informations exactes au risque de déplaire à notre gouvernement. Aujourd'hui, nous parlerons d'un sujet grave : Le réchauffement de la planète qui a pris une dimension dramatique.
Pascal posa sa tasse et tendit l'oreille. Ses craintes seraient-elles fondées ?
- Le réchauffement de la planète, continua Nocensure, est plus important qu'il n'y paraît. Désormais, nous le subissons. L'effet de serre piège les rayons infrarouges et permet d'obtenir une température agréable sur Terre. Hélas, les gaz carboniques, le méthane et les oxydes de carbone augmentent artificiellement l'effet de serre et favorise le réchauffement climatique. Une accélération inexpliquée du processus s'est produite, avec toutes les conséquences désastreuses que cela entraîne dont la plus spectaculaire est la montée des eaux. Nous sommes désarmés face à l'insouciance de nos ancêtres lors des décennies précédentes. Ils ont pollué notre planète en toute impunité. Notre gouvernement saura-t-il gérer la crise à venir ? Nous serons là pour vous en rendre compte afin de...
Pascal regarda sa montre, écarquilla les yeux et se pressa. Il acheta son journal quotidien à Jojo qui lui dit :
- Passe un bon week-end ! A lundi !
Aussitôt dehors, il dut affronter le soleil qui l'éblouit. Il courut, croisa des piétons en tenues estivales et s'en désola. Il s'était souvent étonné de la forte chaleur et avait émis des suppositions inquiétantes. Nocensure venait de les confirmer. Il dépassa une personne âgée qui tirait un chariot contenant une bouteille d'oxygène et remarqua des tuyaux souples qui aboutissaient dans les narines du malade.
-Ce n'est que le début, pronostiqua-t-il à voix basse.
Il n'osa imaginer la suite, baissa les paupières et longea une grille. Des rires moqueurs l'obligèrent à revenir au présent. Il fixa ses élèves, leur sourit et pénétra dans la cour de récréation. Habitué aux cris stridents des enfants, il fendit la foule, contourna un terrain de jeux aux limites imaginaires et salua une collègue.
- C'est la vie, lança-t-il.
La jeune femme resta bouche bée et se demanda à qui était destinée cette phrase. Elle se ressaisit lorsqu'une sonnerie retentit. Chaque classe suivit son enseignant. Pascal entra dans la salle des CM 1. Il éleva la voix pour obtenir le silence, l'obtint puis débuta le cours.
Toute la journée, il fut perturbé par les prévisions de Nocensure. Puisque cette radio osait dire la vérité, il décida de n'écouter qu'elle dans les semaines à venir. Que lui apporteraient les mois futurs ? L'expérience et la sagesse, il l'espérait. Mais surtout l'incertitude qu'il craignait. Envahi de pensées malheureuses, il surveilla les récréations et la cantine avec nonchalance. Sa dernière heure de travail hebdomadaire, il la passa accoudé au bord d'une fenêtre. Il regardait le port de plaisance où des voiliers ondulaient sur une houle légère. Il maudissait le soleil qui paradait dans le ciel. Derrière Pascal, les élèves s'agitaient bruyamment. Sans se retourner, il ordonna :
- Restez calme ! Régis, lève-toi et récite-moi la poésie !
- Le soir brumeux... ternit les astres de... L'azur, ânonna le garçon aux joues rouges.
- Recommence avec le titre et l'auteur, gronda l'enseignant. De plus, tu as oublié un vers.
- L'automne de Victor Hugo, reprit Régis, peu sûr de lui.
L'aube est moins claire, l'air moins chaud... le ciel moins pur.
Le soir brumeux ternit les astres de... l'azur.
Les longs jours sont passés... les... mois charmants finissent.
Hélas ! ... Voici déjà... les... les arbres qui mûrissent !
- Les arbres qui jaunissent, rectifia Pascal.
Il fit face à la classe, autorisa Régis à s'asseoir et demanda à tous d'apprendre la poésie en entier pour lundi prochain. Il leur donna la permission de sortir et leur souhaita un excellent week-end. Dans des bruits de chaises déplacées, de cartables bousculés et de pas précipités, la salle se vida en trente secondes. Pascal retourna à son bureau et s'assit. Les coudes posés sur le sous-main et le menton appuyé sur ses poings, il réfléchissait. Nocensure voyait juste. Lui, il soupçonnait la catastrophe depuis quelques mois, mais il espérait se tromper. Aujourd'hui, elle était là. Devait-il l'annoncer à Monique ? Non ! Il estimait sa femme trop sensible et douce pour supporter une telle nouvelle. Ou n'avait-il pas la force de la lui dire ? Il ouvrit son journal. Allait-il y trouver les confirmations de ses craintes ? Non ! Page après page, il découvrit la vie des quartiers, les concours de pétanque, les futurs spectacles, les avis de décès, les sports, les faits de société et les informations politiques. Rien sur le réchauffement climatique et les dégâts qu'il provoquerait. Il s'emporta et traita les responsables gouvernementaux d'inconscients, de menteurs et d'assassins. Il se leva, coupa la climatisation et sortit. Il alla sur le port et respira profondément. Il aimait les odeurs de poissons, de sel et d'eau de mer. Sur un quai il se pencha et remarqua un point d'amarrage à demi-immergé. Il se souvint que cet été, cet anneau émergeait encore. Il se promit de venir chaque semaine, mesurer la montée des eaux. Soucieux, il gravit les rues qui menaient au Mont Faron. Il pénétra dans un petit immeuble puis sonna à son appartement. Monique vint lui ouvrir et l'embrassa. Il laissa glisser ses mains sur la poitrine, les hanches et les fesses de la jeune femme. Il s'attarda sur les rondeurs qu'il appréciait tant. Il s'écarta et admira le visage rond, les longs cheveux bruns et les profonds yeux verts. Il sentit une petite main qui tirait sur son pantalon. Il saisit son fils par les épaules, le souleva et dit :
- Qu'as-tu appris aujourd'hui à l'école, mon petit Eugène ?
- À faire des majuscules. Et pis, tu sais, papa, ben Bernard, il a fait pipi dans sa culotte.
Le bambin rit et ne comprit pas pourquoi son papa restait sérieux. Voulant provoquer un suspens, Monique informa son mari qu'elle lui annoncera une surprise lundi prochain.
- Moi aussi, ajouta Pascal qui le regretta aussitôt.

Le lundi suivant, après ses cours, Pascal se rendit sur le port. A l'aide d'un mètre à ruban, il mesura la distance qui séparait le niveau de l'eau de celui du quai.
- Cent quinze centimètres, s'étonna-t-il.
Sombre, il remonta vers son appartement. Après le dîner, et le coucher d'Eugène, il prit de court Monique en disant :
- J'ai appris par une radio non officielle que le réchauffement climatique s'était amplifié, depuis quelques mois. C'est la raison pour laquelle il fait très chaud, trop chaud. L'an dernier, j'avais vu une simulation sur l'ordi. Grâce à un disque pirate des écologistes, je voyais les glaces des pôles fondre puis les océans et mers monter de quatre-vingts mètres. Le niveau de l'eau s'élève dans le port. Je le mesurerai chaque semaine. Ainsi, on ne se laissera pas surprendre.
Monique le fixait. Elle oublia volontairement la surprise promise et se tut. Elle étreignit Pascal et l'entraîna dans la chambre. Soulagé par la vérité énoncée, il se laissa guider. Il se déshabilla en jetant des regards ravis sur le corps dévêtu de sa partenaire. Il s'allongea, se coula contre Monique et lui offrit des caresses amoureuses.

Pascal se réveilla avec une agréable sensation de chaleur. Cette chaleur, il l'acceptait et même, la recherchait. C'était la chaleur de Monique. Il se blottit encore plus près de la poitrine et passa une main amie sur la joue de sa femme qui frissonna. La peau était humide. Confus, il demanda :
- Je t'ai fait, mal ?
- Non ! C'est le réchauffement climatique ...
-Ce n'est pas de notre faute, s'empressa-t-il d'expliquer. Pendant de nombreuses années, nos ancêtres ont abusé de notre planète. Ils l'ont polluée avec des essais nucléaires, des déforestations et des décharges sauvages. Mais le plus dangereux, c'était les rejets de gaz toxiques dans l'atmosphère, des gaz provoqués par la combustion des carburants. Heureusement, maintenant nous avons le Fossilia, le fossile combustible de deuxième génération. Il est beaucoup moins polluant car un génie a eu l'idée de mélanger de l'hydrogène avec les résidus des puits pétroliers.
Soudain, Monique annonça :
- Je suis enceinte. C'était ça ma surprise.
- Mais c'est merveilleux, jubila Pascal.
- Que réservera l'avenir à notre futur enfant ?
L'homme tenta de rassurer son épouse. Il voulut connaître quelques informations sur le bébé à venir mais n'obtint que des réponses incertaines.
Sa famille allait s'agrandir. Il en était enthousiaste. Il souffrait d'une parenté presque inexistante. Sa femme était orpheline, sa mère égoïste et son unique frère Fabrice, marin célibataire.

La semaine s'écoula sous un triste soleil omniprésent. Le dimanche, le couple prévit un pique-nique dans l'arrière-pays varois. Monique prépara le repas et Pascal chargea leur voiture. Depuis l'annonce de la future naissance, il devenait plus prévenant. Il anticipait tous les désirs de son épouse. Ce matin, il l'aidait à s'installer dans l'auto et vérifiait qu'Eugène porte une casquette. Rassuré, il prit le volant du véhicule qui quitta Toulon, alla jusqu'au village du Bausset, puis gravit la côte qui menait sur le plateau du Castellet. Lorsqu'ils longèrent un circuit automobile désaffecté, Monique se désola :
- Quelle tristesse, ces bâtiments abandonnés !
- C'était inévitable, expliqua-t-il. Le Fossilia est moins performant que les anciens carburants. Et, depuis douze ans les courses sont interdites.
Le conducteur descendit l'autre versant de la colline et traversa le bourg de Signes. Il suivit un ruisseau, le Gapeau et s'arrêta sur la berge. Sous le regard amoureux de Monique, il étala une nappe sur le sol et y déposa les aliments. Eugène courait après des papillons. Monique l'appela et le déjeuner débuta. Tout en mangeant, Pascal examinait les environs. De grandes herbes sèches s'étalaient jusqu'au Gapeau où des pierres contrariaient l'écoulement de l'eau et provoquaient de petits remous. Sur les pentes des collines voisines, des moutons broutaient les maigres pâturages parsemés de buissons tenaces. C'était la solution adoptée par les élus régionaux pour lutter contre les incendies. Aussitôt le dessert avalé, Eugène alla sur la rive du Gapeau peu profond. Monique vérifia que son fils ne risquait rien puis s'allongea aux côtés de son mari pour une sieste réparatrice. Une heure plus tard, son garçon la secoua et se plaignit :
- Maman, j'ai mal à la tête.
Les parents se levèrent. Elle le rassura et s'interrogea en silence sur les causes de ces légères insolations à répétition. Pascal les connaissait et regrettait que malgré la casquette, les rayons nocifs du soleil atteignent son enfant. Pourtant le ciel se voilait de gris. Tous se hâtèrent et revinrent rapidement à Toulon. Lorsqu'ils parvinrent à leur parking, quelques grosses gouttes tombèrent. Lorsque le bruit du moteur cessa, il fut remplacé par celui de la pluie. Pressés de donner le médicament habituel à Eugène, Monique et Pascal sortirent de l'auto, protégèrent leur petit et se précipitèrent vers le hall sous des trombes d'eau. Trempés, ils ouvrirent avec difficulté la porte vitrée et se réfugièrent à l'abri. Tandis qu'elle partait soigner son bambin, Pascal resta dans l'entrée à regarder le déluge qui s'abattait sur la région. Il s'étonna des orages désormais fréquents, violents et imprévisibles.


*
* *

Une nouvelle année débutait. Qu'apporterait-elle de positif ? Tout en partant au travail, ce lundi matin Pascal cherchait des raisons de se rassurer. Lors du réveillon, de la Saint Sylvestre, il avait averti d'une catastrophe imminente, tous ses amis réunis. Nino, le plus gai d'entre eux, avait démontré les avantages de cette chaleur hivernale. Avec une imitation drôle de sa belle-mère sur la plage, il avait fait oublier les craintes de Pascal. Tous avaient ri.Monique et son mari affichèrent seulement des sourires de circonstance. Nino était un pitre, un jeune homme insouciant. Si les Provençaux ressemblaient à Nino, ils couraient à leur perte, pensa Pascal en poussant la porte de son bar habituel. Jojo lui servit un café et lui tendit le journal. Le barman remarqua le visage sombre de son client mais crut qu'il était dû à la reprise des activités professionnelles. Accoudé au comptoir, Pascal leva la tête et tendit l'oreille lorsqu'il entendit un chroniqueur de Nocensure critiquer les gouvernements précédents pour n'avoir pas aidé les pays pauvres qui voulaient réduire leur consommation d'énergie.
- C'est nous qui en subirons les conséquences, grogna Pascal qui salua Jojo et s'éloigna.
Dans l'après-midi, il étudia avec ses élèves, le Moyen-Âge. Il songea à cette époque, aux servitudes des paysans, aux corvées des serfs, à la détresse des pauvres et tenta de comparer leurs épreuves avec celles à venir. Il ne le put et crispa ses paupières afin d'effacer ses prévisions. Quand les écoliers quittèrent l'établissement scolaire, il lut son journal. Tous les lundis en fin de journée, il retardait le plus possible, l'instant qu'il redoutait. Il se leva et, les épaules basses, alla sur le port. Il s'agenouilla à l'endroit habituel et mesura la hauteur du quai encore émergé :
- Cent quatre centimètres, grogna-t-il.
Après un rapide calcul, il en conclut que la mer montait de onze centimètres par mois et se demanda si elle n'augmentait pas de plus en plus vite.
- Salut ! Tu bronzes au soleil ? ricana Nino.
- Non, je contrôle l'inondation prévue.
- Toujours aussi pessimiste, mais amuse-toi, profite de la vie !
- Je n'en ai ni le droit, ni l'envie, dit Pascal.
Il laissa Nino seul et décontenancé. Il se dirigea vers le Mont Faron où, quelques minutes plus tard, il retrouva Monique et Eugène. Il annonça le nouveau chiffre inquiétant à sa femme puis, avec son accord, fit une demande de mutation. Face à son ordinateur, il rechercha une nouvelle affectation. Il répertoria les places proposées en altitude. Il retint trois destinations sur des massifs différents et les annonça :
- J'ai choisi : Arbas dans les Pyrénées, Bayons dans les Alpes et Villers-le-lac dans le Jura. J'envoie ma demande à l'Académie. Mais nous devons attendre leur réponse.
- Ce sera long ? demanda-t-elle.
- Six semaines au plus.

Pendant le dîner, les parents apprirent à leur fils leur intention de quitter Toulon. Eugène ne comprit pas les raisons et ne se représenta pas les changements futurs. Monique espérait rencontrer dans leur nouvelle ville, de sympathiques voisines. Pour elle, des jours sans côtoyer d'autres personnes lui semblaient difficiles à supporter. Après le repas, Pascal se leva, avança vers la fenêtre et regarda les rues et les bâtiments illuminés qui s'étalaient à ses pieds. Il souhaitait découvrir un monde différent dans son poste à venir. Un bourg traversé par une rivière et entouré de montagnes boisées. Il inspira profondément et crut reconnaître l'odeur des sapins.
Le téléphone ionique entonna une mélodie. Eugène courut le chercher et tenta de composer le code d'accès. Après deux erreurs, sa maman l'éclaira :
- C'est simple, tu tapes sur les quatre coins du clavier : un, sept, neuf et trois.
- 1793 : la mort de Louis XVI, ajouta son papa.
Eugène les regarda à tour de rôle et se demanda si ses parents se moquaient de lui, élève de maternelle. Pascal saisit le combiné, rectifia la faute, enclencha l'amplificateur et reconnut aussitôt la voix de son frère :
- Salut les terriens. Meilleurs v½ux pour la nouvelle année. Que devenez-vous ?
- Bonsoir Fabrice. Merci pour tes bons v½ux et reçois les nôtres en retour. Que dire sur nous ? Ton filleul va à l'école surtout pour jouer avec ses copains. Il a raison d'en profiter, l'enfance passe si vite. Monique est enceinte. Le bébé naîtra au début du mois d'août. J'ai demandé ma mutation pour une région montagneuse. Nous devons quitter au plus vite Toulon car...
- Car toi aussi tu as remarqué la montée des eaux, coupa Fabrice. Toi qui es plus instruit que moi, tu dois en connaître la raison. Moi, j'ai bien vu en Arabie Saoudite des hommes qui surélevaient les quais du terminal pétrolier de Yinbo où je charge du Fossilia. Le mois avant le nouvel an, j'étais au large de la Norvège et j'ai appris que les plates-formes offshores s'équipaient de systèmes de forage télescopiques. Pourquoi les mers et les océans montent-ils ?
- À cause du réchauffement climatique qui s'accélère, expliqua Pascal. Le soleil brille comme avant mais il fait beaucoup plus chaud et la banquise fond. J'ai mesuré, l'eau monte en moyenne de onze centimètres par mois. Je change de sujet : Où étais-tu le 31 décembre ?
- Au Havre, répondit Fabrice. Arrivé la veille, je ne suis pas descendu chez la mère car elle critique sans cesse des personnes, en particulier Monique et ça m'énerve. Alors, j'ai fait la fête sur le port qui n'a subit aucune transformation. Il faudrait bien secouer nos dirigeants. Où allons-nous ?
- A la catastrophe, prédit Pascal. Si les anciens et nous-mêmes n'étions pas responsables de la pollution, l'avenir serait plus beau...
- Si maintenant, nous faisions attention, on pourrait peut-être redresser la situation.
- La nature est blessée, se révoltera-t-elle ?
- Je n'ai presque plus de batteries, prévint Fabrice. Ça va couper. Salut à tous !
Eugène demanda à son papa où se trouvait son parrain. Pascal tira de la bibliothèque un large livre intitulé : Grand Atlas du Monde. Sur la carte de la France, il lui montra où était Fabrice aujourd'hui puis sur un planisphère, il lui indiqua avec envie, les voies maritimes qu'empruntait son frère. Monique qui avait suivi toute la conversation des hommes, s'isola dans sa chambre. Etonné par l'absence prolongée de son épouse, Pascal la rejoignit. Il la trouva à genoux au pied du lit. Les mains jointes, elle priait. Depuis la mort de son père dans un accident de voiture, il ne supportait pas que l'on s'adresse à Dieu. Il bouscula Monique et l'invita à choisir une autre divinité. Elle lui tint tête. Le climat fut tendu jusqu'au coucher. Sous les draps, il révisa son opinion et devint entreprenant. Elle céda à ses avances...

Chaque soir, aussitôt arrivé chez lui, Pascal s'installait devant son ordinateur. Sa femme le rejoignait, consultait l'écran et soupirait. L'attente devenait insoutenable. Ce jour là, Monique remarqua que les lèvres de son mari s'étiraient en un sourire ravi. Elle se précipita à ses côtés et lut à haute voix le nom libérateur : "Villers-le-Lac". Ce devait être la commune où Pascal enseignerait à la rentrée prochaine. Plus précisément, c'était dans le hameau des Bassots qu'il travaillerait. L'homme cliqua sur l'icône d'une encyclopédie géographique et pianota sur le clavier l'appellation de la ville. Bientôt apparut la photo de la région. Tandis que Monique tentait de deviner dans quel milieu sa famille se retrouverait, Pascal rêvait de la fraîcheur, des plans d'eau et des forêts qui entouraient les Bassots. Il s'extasia :
- Ce doit être un paradis de verdure aux portes de la Suisse.
Les mains sur le petit ventre, qui s'arrondissait, son épouse, passa sa langue tout autour de la bouche, baissa les paupières et souffla :
- On y fait du chocolat délicieux...

Certain de son bon choix pour l'avenir et heureux d'être affecté dans le département du Doubs, Pascal sifflotait en descendant le Mont Faron. De bonne humeur, il entra dans son bar et commanda un café. Jojo s'étonna de la gaieté de l'enseignant qui lui dit :
- Je pars dans la montagne du Jura où il fait moins chaud qu'ici.
- Mais nous sommes très bien dans le Var, répliqua le patron. Il y a le soleil, la mer et de jolies filles...
Pascal leva les yeux au plafond et s'intéressa au bulletin d'information de Nocensure :
- Enfin une bonne initiative du gouvernement : Pour réduire encore plus la production de CO2, la circulation alternée deviendra plus efficace. Grâce à une installation obligatoire sur chaque véhicule, les services de la Préfecture actionneront un coupe-circuit, les jours de conduite interdite, déterminés comme auparavant mais hélas peu suivis. Nous apprenons également l'exploitation plus intensive, dans les fonds marins, des nodules riches en minéraux. De plus les énergies hydroélectriques et éoliennes seront favorisées et les gisements de Fossilia plus profonds et même peu importants seront exploités. Peut-être connaîtrons-nous des jours meilleurs avec moins de chaleur ?
- Très chaud, c'est mieux comme ça, lança Jojo.
Pascal expliqua une énième fois sa théorie sur la montée des eaux. Il répéta des phrases qui lui étaient douloureuses : "le gaz carbonique en excès pollue", "le réchauffement climatique bouscule l'écosystème", "à une température trop élevée, l'eau se dilate, les pôles fondent et le niveau des océans monte".
Jojo se moqua, et rit à gorge déployée. Vexé, Pascal sortit en oubliant son journal. Il s'en aperçut quand il entra dans la cour de récréation. Toute la journée, il n'accepta aucun écart de conduite de la part de ses élèves. En fin d'après-midi, il retourna chez lui. Il gravit le Mont Faron en bougonnant :
- Je ne lui ai pas dit que le niveau de la mer est à quatre-vingts centimètres de celui du quai. De toute façon, il ne m'aurait pas cru et n'aurait pas pris la peine d'aller voir.
Il marcha encore plus vite, rentra chez lui, déposa un rapide baiser sur les lèvres de Monique étonnée puis s'enferma dans la salle de bains. Tout en pensant à la bêtise humaine, il prit une douche froide qui le saisit puis le détendit.


*
* *

Le mois de juillet et les vacances scolaires débutaient. Sur le Mont Faron, un logement était en effervescence. Vêtue avec goût d'une jolie robe de grossesse, Monique transpirait à grosses gouttes. Elle était heureuse de quitter cette forte chaleur qui l'oppressait. Etonnamment, elle redoutait son départ vers l'inconnu. Nino frappa et entra dans l'appartement encombré par de nombreux cartons, du mobilier démonté et des appareils déplacés. Il franchit une grosse peluche, ébouriffa les cheveux d'Eugène qui jouait sur le sol, écrasa une voiture miniature, puis buta contre le gros ventre de Monique.
- Tiens ! Un éléphant, plaisanta-t-il.
- Viens donc m'aider à replacer un siphon, lança Pascal.
Les deux amis travaillèrent ensemble. Ils terminèrent juste avant l'arrivée des déménageurs. Des allées et venues se succédèrent. Les pièces se vidèrent et le camion se remplit. Lorsque les va-et-vient furent terminés, Nino essuya son front humide et interrogea Pascal :
- Des regrets. T'as pas des regrets de te séparer de la plage, des filles dénudées, de ton copain Nino ?
- Aucun !
Choqué, l'ami d'ordinaire drôle salua la petite famille qui le remercia puis il s'en alla tête basse. Eugène et ses parents montèrent dans leur voiture et s'éloignèrent de Toulon. Les passagers regardèrent longuement les faubourgs de la ville. Le conducteur ne s'intéressait qu'à la chaussée et aux panneaux de signalisation. Confiant, il écoutait la voix du guidage par satellite et lui obéissait. Eugène s'endormit et sa mère contempla le paysage. En remontant la vallée du Rhône, elle vit les prairies sèches, des monts désertiques et tout au long du parcours une file ininterrompue d'éoliennes. Après la traversée de Lyon, elle s'étonna devant la verdure des prés, les nombreux étangs de la Bresse et la forêt souvent présente. Au grand désespoir de Monique, Eugène sommeilla longuement. Il se réveilla après la traversée de la ville de Pontarlier, ouvrit les yeux et s'émerveilla :
- Oh ! Les belles vaches rouges et blanches !
Ses parents sourirent. Son père le renseigna sur la race Montbéliarde et sa mère lui donna à boire puis le cajola. Dans une vallée délimitée de chaque côté par des montagnes boisées et d'importantes falaises rongées depuis des millénaires par l'érosion, ils longèrent un fleuve encore étroit dans cette région : Le Doubs. Ils dépassèrent le bourg de Morteau, franchirent la rivière à Villers-le-Lac puis gravirent une côte jusqu'au hameau des Bassots. Ils s'arrêtèrent devant l'école et descendirent du véhicule. Eugène bâilla. Pascal respira profondément et fut ravi par l'air plus pur que celui de Provence.
Monique semblait fatiguée par le long voyage. Appuyée contre l'automobile, elle acceptait la décision de son mari mais se désolait de nombre ridicule d'habitants que devait compter ce village. L'arrivée du camion de déménagement mit fin à ses pensées. Pascal aida les professionnels à monter le chargement à l'étage, Eugène voulut se rendre utile et Monique resta assise dans leur nouvelle cuisine. Après avoir installé l'essentiel, l'homme s'affala sur une chaise et attendit le dîner. Pendant le repas, il annonça :
- Nous sommes mieux ici qu'à Toulon. Hier, l'eau était à trente-quatre centimètres du quai. Bientôt...
Tous dirent leurs opinions avec franchise. Ils firent beaucoup de projets et reconnurent que leur avenir s'éclaircissait.

Le lendemain, l'instituteur se rendit dans sa salle de classe qui se tenait en dessous de son logement. Situé sur le versant nord d'un mont, le bâtiment ne profitait que quelques heures du soleil mais possédait une vue imprenable sur les bassins du Doubs qui s'étalaient au fond de la vallée. Avant le déjeuner, Pascal tenta de capter Nocensure. Après une durée de connexion un peu longue, il obtint la radio. Il fut soulagé car même ici, il sera informé de l'évolution de la crise planétaire. Le repas terminé, tandis qu'Eugène regardait la télévision, le couple faisait la sieste. Deux heures, plus tard, après un sommeil réparateur, Pascal se leva de bonne humeur et aida sa femme à se redresser. Dans le salon, il rejoignit son fils et lui demanda de mettre sa casquette pour visiter le hameau.
- Mais papa... Ici il y a moins de soleil alors je n'en ai pas besoin.
- Mets-la ! insista le père. Tu as souvent des insolations.
L'enfant tenta de convaincre Pascal qui lui ordonna d'obéir et de le suivre. La famille descendit des escaliers, ouvrit la porte d'entrée et se retrouva sur la chaussée. Impatient de découvrir son nouvel univers, Eugène courut dans les rues qui plongeaient vers la vallée. Sa mère craignit le pire et l'appela. Trop tard, le petit tomba en avant et s'écorcha les mains. Le couple vint à son secours, écourta la promenade et ramena le blessé chez lui. Pascal désinfecta et pansa les plaies. Tous restèrent dans le logement jusqu'au soir. Appuyés contre le rebord d'une fenêtre, ils regardèrent un bateau sur le lac, des forêts de conifères et un coteau verdoyant où paissaient des bovins. Monique se blottit contre son époux et lui dit :
- Notre petite fille sera ravie de vivre dans ce cadre merveilleux.
Pour toute réponse, Pascal caressa le gros ventre et plaqua son corps contre les fesses et le dos de sa femme. Il avait hâte de renouveler ce geste dans la chambre conjugale, de prolonger l'étreinte...

La visite du hameau fut renouvelée le jour suivant. Sur la route communale, Eugène examina ses mains blessées et resta auprès de ses parents qui n'eurent pas le choix sinon celui d'emprunter la pente la moins raide. Le premier bâtiment rencontré était une ferme fleurie par des jardinières de fleurs accrochées à chaque fenêtre. Pascal s'arrêta devant la façade ouest recouverte de plaques d'ardoises. Un petit homme large d'épaules, approcha et renseigna l'instituteur intrigué :
- Ce sont des tavillons. Avant, ils étaient faits avec du bois. Ça protège le mur de la pluie et ça isole contre le froid mais maintenant, il fait toujours chaud...
Pascal se présenta ainsi que sa famille. Son voisin lui annonça qu'il se nommait Marius et qu'il était éleveur de génisses montbéliardes. Il se désola des cours des bovins trop faibles à son goût, de la mauvaise image que donnait sa profession et de la désertification omniprésente. Il cita le nombre d'exploitations agricoles dans le bourg :
- Nous ne sommes plus que quatre, se lamenta-t-il.
Une femme mince aux cheveux longs rejoignit le groupe, la tête basse, elle se plaça à côté de Marius qui lança :
- C'est Georgette, ma moitié, timide mais fidèle en amitié.
Monique lui sourit. Les deux hommes s'écartèrent et parlèrent de leur métier respectif, des conditions climatiques étonnantes et de l'avenir incertain. Leurs épouses liaient connaissance et discutaient de leurs enfants. Au même instant apparut à l'angle de l'habitation un jeune garçon.
- Voici mon fils Théodore, annonça Georgette.
Eugène vint à sa rencontre. Après plusieurs minutes d'hésitation, les deux petits dialoguèrent puis s'isolèrent pour jouer. Sur l'invitation de Marius, les couples entrèrent à la cuisine. Devant un verre de "Pontarlier", l'apéritif anisé local, l'agriculteur glorifia le massif du Jura :
- Nous les bassotiers, les habitants des Bassots, nous sommes chanceux. Dans le haut du département, nous pouvons admirer le Saut du Doubs, le Château de Joux, la Route des Sapins et des merveilles que tous nous envient. Tout près, il y a la Suisse avec sa campagne très propre, et entre autres pour nos gamins, le bois du petit château, un magnifique zoo à la Chaux-de-Fonds.
- N'oublie pas nos fromages, ajouta Georgette : le Comté, le Morbier, la Cancoillotte. Aussi vous pourrez déguster nos spécialités régionales : La saucisse de Morteau, le Bresi.
Avant midi, avec des mots, des rêves et des envies pleins leurs esprits, Monique et Pascal se levèrent, remercièrent leurs hôtes, sortirent et appelèrent Eugène. Un peu plus tard, les bambins sortirent de la grange avec des brindilles de foins accrochées aux vêtements. Ils rirent aux éclats et leurs parents les brossèrent. De retour dans leur logement, Monique et Pascal préparèrent le repas tandis qu'Eugène leur racontait :
- On jouait à cache-cache dans la ferme. Je suis content car j'ai déjà un copain. Il est marrant Théodore et il parle tout drôle.
- Il ne faut pas se moquer, conseilla son papa. Nous aussi, nous avons un accent. Il disparaîtra dans quelques mois et sera remplacé par celui d'ici.
Autour de la table, ils continuèrent leurs commentaires avec joie. Monique se tut un instant, ferma les yeux et remercia Dieu en silence. Son mari crut qu'elle avait baissé les paupières pour savourer encore plus leur bonheur. Il regarda le gros ventre, imagina à l'intérieur un bébé ravi et prit la main de la future maman.

La semaine suivante, ils se rendirent plusieurs fois en Suisse. Ils débutaient invariablement leur promenade par la douane au col des Roches, descendaient jusqu'au Locle puis roulaient au hasard des carrefours. Eugène mangeait du chocolat, son papa s'extasiait devant la propreté et le respect de la nature mais sa maman grognait contre l'interdiction de se balader les jours impairs. Son mari tentait de la convaincre de l'utilité de cette loi destinée à diminuer la pollution automobile. A la fin du mois, ils visitèrent des lieux touristiques du département du Doubs : la ville de Besançon, sa Citadelle, ses divers monuments, son Horloge Astronomique, les Salines Royales d'Arc-et-Senans et le Lac Saint-Point. Avide de découvertes, Monique était toujours volontaire pour une nouvelle sortie mais son mari craignait que les innombrables kilomètres parcourus soient néfastes pour le bébé à naître.

Un matin, alors que la future mère préparait l'itinéraire d'une énième sortie, elle fut surprise par une violente contraction, suivie d'une deuxième. Elle se leva de sa chaise avec difficultés et appela :
- Pascal ! ... Viens vite !
Il accourut, la vit qui grimaçait en soutenant son ventre, comprit et disparut. Très vite, il revint avec une valise prête depuis peu et demanda à son fils de les suivre. Ils descendirent les escaliers avec précautions puis s'installèrent dans leur voiture. Le couple déposa son garçon chez Georgette et Marius puis roula en direction de Pontarlier. En chemin, ils choisirent le prénom de la fille à venir. Chacun en proposa trois. Entre Marguerite, Lucie, Clotilde, Célina, Sylvie et Léontine, ils retinrent Clotilde. Pascal expliqua que Sainte Clotilde fut l'épouse de Clovis. Monique ne l'écoutait plus, des contractions de plus en plus rapprochées l'indisposaient. Elle se voyait déjà accoucher dans l'automobile. Elle prit peur et cria :
- Va plus vite !
Il accéléra et aux risques de provoquer un accident, il traversa les faubourgs de la ville à vive allure. Lorsqu'il pila devant la maternité, Monique soupira et annonça qu'elle venait de perdre les eaux. Il se hâta et la soutint jusqu'au hall de l'établissement. Derrière son bureau, une infirmière demanda :
- C'est pourquoi ?
- C'est pour une appendicite, s'emporta Pascal.
-Vous êtes stupide ou quoi ? ajouta-t-il. Si j'amène ma femme dans une maternité, c'est pour qu'elle accouche. Dépêchez-vous ! Ça presse.
Monique fut conduite dans une salle de travail et son mari la rejoignit alors que la tête de sa fille apparaissait déjà. L'heureux papa admira le nouveau-né et félicita son épouse. En fin d'après-midi, il quitta Clotilde et Monique. Ses pensées tournées vers l'enfant et sa mère, il grilla un feu rouge puis frotta la carrosserie de son automobile contre une glissière de sécurité. Il rentra aux Bassots sans commettre d'autres imprudences. Il annonça la naissance d'une petite s½ur à Eugène, remercia la famille de Georgette puis se retira chez lui. Pendant le dîner, son garçon posa la question essentielle :
- Papa, comment qu'on fait les bébés ?
- Je t'expliquerai quand tu seras plus grand, répondit Pascal gêné.
Puisqu'on l'estimait trop petit, Eugène bouda jusqu'à la fin du repas.

Les jours suivants, soit avec son véhicule, soit avec celui de Marius possédant un numéro impair, Pascal et son fils rendaient visite au nouveau-né et sa maman.

Prévu pour le jeudi, le retour de Clotilde aux Bassots, fut consciencieusement préparé par le papa. Il nettoya le logement, vérifia encore une fois la chambre de sa fille, prépara un déjeuner de fête puis partit à Pontarlier. Il en revint avec sa femme et la petite dernière. En début d'après-midi Georgette et Marius apportèrent un cadeau à Clotilde et s'informèrent sur la santé de la mère. Puis ce fut au tour des villageois de les saluer et de leur donner des présents. En soirée, Pascal avoua son étonnement à son voisin :
- Des gens, que je ne connais même pas, sont venus nous voir, s'inquiéter de Clotilde et lui offrir de jolis vêtements.
- Ici, c'est naturel, expliqua Marius. Tous les montagnards se donnent la main pour les naissances, les décès et dans chaque moment important de la vie. Ils aiment aussi s'amuser. Ils organisent des concours de tarot, de loto et aussi au Nouvel An, le repas des conscrits. Hélas, maintenant les traditions se perdent, même ici.
Fatiguées par cette journée peu ordinaire, Monique et Clotilde se couchèrent tôt. Pascal doucha Eugène puis rejoignit son lit.

Dans les premiers jours de septembre eut lieu la rentrée scolaire. Sous un désormais traditionnel soleil éclatant et une chaleur éprouvante, Pascal découvrait ses nouveaux élèves. Tous les niveaux du primaire étaient représentés dans sa classe. Pour réduire les trajets en véhicules et surtout pour économiser du Fossilia, les regroupements pédagogiques furent abandonnés. L'instituteur observa Théodore et Eugène qui entraient en classe préparatoire. Il avait déjà remarqué les gestes brusques et l'impolitesse d'Aurélien qui redoublait son CM2. Il laissa longtemps les écoliers au dehors. Il songea à Toulon et au port de plaisance. Il fit un rapide calcul et estima que l'eau devait être à dix centimètres du quai. Il frappa dans ses mains et invita les enfants à le rejoindre. Appuyé contre son bureau, il se présenta, fit l'appel puis
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#Posté le vendredi 27 mars 2009 08:07

Modifié le samedi 28 mars 2009 11:28

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